La réalisation des tapis d’Orient

Le tapis d´Orient possède la caractéristique d’être entièrement noué à la main. Il est composé de trois parties.

  • La chaîne formée de fils verticaux et parallèles souvent en coton sont tendus entre les deux extrémités du métier.
  • La trame est constituée d’un ou plusieurs fils transversaux très souvent en coton, que l’on passe entre chaque rangée de noeuds.
  • Le velours, c’est la surface même du tapis généralement en laine, il est constitué de courts brins noués autour de la chaîne . Les noeuds s’alignent dans la largeur, mais jamais dans le sens de la hauteur du tapis.

Exception de réalisation

Néanmoins les tapis d´Orient ne se limitent plus à la production noué à la main et pour des raisons de facilité et de rapidité, il existe aujourd’hui des productions artisanales tissées à la main ou tuftées. Ces principes de fabrications sont maintenant fréquemment utilisés en Inde surtout pour la réalisation des tapis d´Orient contemporains. Ces techniques artisanales plus rapides que le nouage, permettent d’offrir à une nouvelle clientèle des tapis contemporains à des prix séduisants et attractifs.

Le métier et les outils:

Il existe quatre types de métier.

  • Le métier horizontal au ras du sol (souvent utilisé par les nomades)
  • Le métier vertical fixe ( souvent utlisé dans les centres de fabrication moins importants)
  • Le métier vertical de Tabriz (qui est une amélioration technique du métier vertical fixe et est de plus en plus utilisé)
  • Le métier à ensouples rotatives (spécialement conçu pour la réalisation de tapis de grande longueur)

Les outils : le couteau sert à couper les brins du noeud. Le peigne sert ensuite à tasser le ou les fils de trame sur la rangée de noeuds précédente. Les ciseaux qui troisièmement servent à raser le velours du tapis.

Les motifs : Beaucoup de productions villageoises sont d’origine traditionnelle, le savoir et l’originalité des motifs se transmettent de générations en générations sans l’aide de dessin ou de plan. Tandis que les ateliers travaillent avec des artistes dessinateurs qui préparent les cartons avec des motifs très détaillés qui seront superposés à l’arrière du métier pour la réalisation de tapis plus complexes.

Les matières utilisées:

La laine est plus souvent utilisée pour le velours. Les qualités varient selon les régions et les facteurs climatiques (par exemple: la laine d’un mouton sera supérieure en qualité, si celui-ci évolue sous un climat froid tandis que le même mouton vivant sous un climat sec et chaud, n’offrira pas la même robustesse de laine) Le prélèvement à aussi son importance (la laine provenant du dos sera une laine basique tandis que les laines provenant du ventre, des entre-cuisses et du cou seront réservées pour des réalisations de tapis plus raffinés) Les artisans nomades utilisent aussi les poils de chèvre et de chameau mais la plupart du temps sans les teindre. Ces laines fournissent une gamme très riche de jaunes et de bruns. Quelques dois le velours est en soie pour la réalisation de chef- d’oeuvre prestigieux et de collection. Le coton est le plus souvent utilisé pour la chaîne et la trame, la laine suit en deuxième position.

Coloration des laines:

Actuellement, il y a sur le marché beaucoup de tapis d´Orient dont les laines sont teintes au moyen de colorants synthétiques. Cela peut altérer la qualité de la laine dans le temps. En Perse, les laines sont encore le plus souvent teintes à l’aide de pigments d’origine végétale, minérale et animale.

Les noeuds:

Un noeud est formé quand le fil de laine fait une boucle autour des fils de chaîne. Il existe deux types de noeuds:

  • Le noeud asymétrique dit noeud persan ou de Senneh. Il existe aussi une variante appelé double noeud Senneh ou noeud jufti Senneh.(Senneh est une ville perse réputée pour la qualité de ses tapis)
  • Le noeud symétrique dit noeud turc ou Ghiordes. Ici aussi il y a une variante dénommé double noeud turc ou noeud jufti turc.( Ghiordes est une ville d´Asie Mineure célèbre pour ses tapis).

La densité des noeuds est défini par le nombre de noeuds au mètre carré. On compte les noeuds au dos du tapis, en multipliant le nombre de noeuds sur la trame par celui sur la chaîne et ce sur un centimètre carré. On multiplie ensuite par dix mille pour obtenir le nombre de noeuds au mètre carré. La densité minimale recommandée pour un tapis d’orient résistant est de 90000 noeuds au mètre carré. En général, le noeud le plus employé est le noeud turc et cela même en Perse.

Le nouage:

On commence toujours un tapis d’orient par le bas avec le tissage d’une petite lisière ou d’un kilim. De ce fait, lors du nouage, la laine est tirée vers le bas ce qui une fois le travail de l’artisan terminé donne une légère inclinaison que l’on nomme « le velours ». Facilement identifiable par un côté plus clair et un autre côté plus soutenu des coloris. Concernant le kilim, celui-ci est formé par le croisement des fils de la trame et des fils de chaîne. Il sert à retenir les noeuds qui sont eux le point de départ du tapis d’orient. L’artisan va ensuite noeud après noeud réaliser le tapis. Quand celui-ci est terminé, l’artisan décroche le tapis du métier pour le confier à l’artisan raseur.

Le rasage:

Comme le velours est inégal à cause de la longueur différente des fils, on le rase pour mieux voir les détails du dessin. Pour cela, le tapis est couché et tendu sur une surface plane ou enroulé autour d’un cylindre rotatif en bois. Le spécialiste raseur utilise un couteau très aiguisé à double manche. Le rasage se fait au millimètre surtout pour les pièces fines. Il existe de grandes différences selon si le tapis est rasé par des nomades ( velours inégal ) ou dans un atelier .

Lavage et séchage:

Tous les tapis sont lavés pour faire briller le velours et assouplir la texture. Pour les tapis de nomades et de villages, la technique la plus souvent utilisée est de laver les tapis à grande eau ou dans une rivière et puis de les laisser sécher au soleil sur l’herbe ou sur des rochers. Par contre, pour les tapis de villes, les ateliers disposent d’infrastructure plus moderne dont des locaux réservés au lavage. Ils arrosent abondamment les tapis et les raclent ensuite avec de grands racloirs spécialement conçus pour les tapis, ils recommencent plusieurs fois cette opération jusqu’à ce que les tapis soit lavés de toutes ces impuretés. Ils attachent ensuite solidement les tapis où les déposent à cheval sur des barres afin qu’ils s’égouttent et sèchent rapidement.

Catégories des tapis d’orient:

Les catégories des tapis d’orient se répartissent en fonction du lieu dans lequel ils ont été réalisés:

  • Les tapis des nomades : se distinguent par leur irrégularité plus grande que dans certains tapis d’orient. Mais ils ont des couleurs très vivantes. Ils présentent aussi des mouvements de couleurs appelés abrash. Les motifs s’inspirent de leur environnement immédiat. Parfois des plus naïfs comme aussi bien des motifs plus travaillés. Exemple; la tribu des Qasquaïs en Perse ou des Beloutches en Afghanistan.
  • Les tapis de village : c’est très courant dans les villages perse que l’on voit des femmes tisser dans leur maison. En général, les motifs sont traditionnels mais souvent réalisés avec une plus grande liberté. Ils sont souvent rustiques et facilement reconnaissables comme les Hamadan par exemple.
  • Les tapis de ville ou d’atelier : ces tapis sont noués dans les grands centres de production ou le travail est plus organisé. Les métiers verticaux ancrés dans le sol, des ateliers permettent la réalisation de très grands tapis. Les artisans sont souvent plusieurs sur un même tapis. Ils disposent d’un modèle dessiné sur papier millimétré. Tout est contrôlé par un contre-maître artisan d’atelier (déviations, irrégularités) Les Ispahans, Tabriz, Naïn et Ghom par exemples sont réputés pour leur grande finesse et leur beauté. Les plus belles pièces sont très souvent des tapis de ville et d’atelier.

En conclusion:

L’apparence d’un tapis dépend en grande partie du lieu où il a été noué et de la personne qui l’a réalisé. Son prix peut varier en fonction de sa taille, de la densité de son nouage, de la diversité de ses couleurs, de son origine et des motifs ( détaillés, figuratifs ou naïfs ) ainsi que des matières utilisées ( laine ou soie ) mais aussi de sa rareté. Le tapis d’orient est une oeuvre d’art, c’est une création unique. Chaque jour des milliers d’artisans  devant leur métier créent des tapis dans lesquels ils expriment leur tradition, leur sens artistique mais surtout leur créativité.